Les Yeux sans visage

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20 mars 2014 par biblistudio

2014 03 LES YEUX SANS VISAGE AFFLes Yeux sans visage – Georges Franju – 1959
Séance : 31 mars 2014 – 19h30

Défigurée à la suite d’un accident de voiture provoqué par son père, un chirurgien de renom, Christiane vit recluse avec lui, le visage dissimulé sous un masque. Par amour, il tente de lui en redonner un en lui greffant celui de jeunes filles qu’il fait enlever par son assistante.
S’il sortait en salle aujourd’hui, Les Yeux sans visage serait classé comme thriller, au même titre que La Piel que habito [1], dont le sujet est proche et dont l’affiche n’est pas sans rappeler le masque que porte Christiane. Mais en 1959, son genre semble difficile à définir et chacun s’y essaye. Pour Michel Delahaye, c’est un film d’épouvante, « genre, si souvent décrié, plus souvent encore malmené » [2]. Pour François Tranchant : « Ce n’est pas un film d’épouvante. Aucune apparition de ces êtres d’un bestiaire que nous aimons mais qui n’existe que dans notre imagination (…). Ce n’est pas un film fantastique. Ni Dieu, ni diable. Ni ange, ni sorcières. Ni Juliette, ni clé des songes » [3]. Pour Georges Sadoul, c’est un très bon film d’horreur : « Les qualités des Yeux sans visage sont considérables. Suffiront-elles à faire passer certains sur l’horreur qu’ils ont de l’horreur ? Je n’en sais rien. Le film vaut, en tout cas, d’être vu. » [4]

2014 03 LES YEUX SANS VISAGEQuelle que soit son appellation, le genre n’est pas courant en 1959 et dérange. Le réalisme que met Georges Franju dans la réalisation de son film suscite la controverse. « L’opération de la greffe du masque épidermique, tentée par le chirurgien Brasseur, est très perturbante parce qu’elle est vraisemblable » [3]. C’est effectivement de ce mot – vraisemblable – que vient toute la polémique. Georges Franju ne donne pas d’éléments au spectateur qui lui permettraient de prendre de la distance avec le sujet et quelques journaux rapportent que certains se sont évanouis pendant la projection. Les fiches cinéma de la C.C.R.T. reprochent elles aussi à l’histoire d’être plausible et concluent leur analyse acerbe par « Pierre Brasseur, Alila Valli et la jeune Edith Scob incarnent des personnages trop vraisemblables, hélas ». Ils donnent d’ailleurs une côte de 4B au film (Films à déconseiller – ne pouvant que nuire à la majorité des adultes et porter préjudice à la santé spirituelle et morale de la société) et le qualifie de film « essentiellement morbide et insensé » qui serait « une véritable insulte à la saine valeur morale du corps médical, autant qu’au bon sens et à la sensibilité du spectateur ».

2014 03 LES YEUX SANS VISAGE2Au milieu de ces critiques sans concessions, quelques voix s’élèvent et reconnaissent tout de suite la valeur de ce film. Pierre Marcabru, dans Combat, invite le spectateur à « aller au-delà des apparences, dépasser le film d’épouvante, on découvrira alors la plus prenante des poésies, et plus encore une sorte de tendresse mélancolique qui se cabre dans le défi » [5].
Cependant, un aspect du film fait pratiquement l’unanimité : la technique et la photographie. Même les fiches cinéma C.C.R.P. en soulignent la qualité.

En 1986, la cinémathèque française organise une rétrospective sur le cinéma de Georges Franju et c’est l’occasion pour Les Yeux sans visage de s’offrir une seconde sortie dans quelques salles parisiennes et de remporter un beau succès public. Régulièrement diffusé à la télévision, il fait partie des monuments du cinéma fantastique français. Alain Riou dit de lui, dans Télé Observateur en 2002, que c’est « une réussite absolue, équilibrant magnifiquement les données de la science médicale telles qu’elles étaient à l’époque (1959), et les perspectives inquiétantes du songe. » [6]. La sensibilité des spectateurs a bien changé depuis 1959 et la greffe du visage, alors complètement surréaliste, n’est plus un sujet de science-fiction mais une réalité. Sans le vouloir, Les Yeux sans visage a finalement été un film d’anticipation, dont François Tranchant avait soupçonné l’avant-gardisme : « Présence du futur, si l’on veut bien admettre qu’une telle opération (greffe du visage NDLR) irréalisable aujourd’hui le sera dans vingt ans. Chirurgie pour l’an 2000 » [3].

[1] Film de Pedro Almodovar – août 2011
[2] Cahiers du cinéma n°106 – avril 1960
[3] Cinéma 60 n°45 – avril 1960
[4] Les lettres françaises – mars 1960
[5] Combat – 3 mars 1960
[6] Télé Observateur – 15 février 2002

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Une réflexion sur “Les Yeux sans visage

  1. Anonyme dit :

    Quel article intéressant qui donne envie de voir ou revoir ce film. Vive la bibliothèque des Studios !

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