Cléo de 5 à 7

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30 juillet 2014 par biblistudio

Cléo de 5 à 7 – Agnès Varda – 1962
Séances : du mercredi 30/07 au mardi 05/08 à 14h30 et 19h45

2014 07 CLEO AFFICHELa légère et belle Cléo, attend les résultats d’un examen médical dont le diagnostic pourrait être un cancer. Elle va vivre les deux heures qui la séparent de son rendez-vous à l’hôpital (90 minutes plus exactement) dans l’angoisse d’une mort prématurée. Son amie, son amant, le groupe de musiciens avec lequel elle doit répéter une chanson, et qu’elle va voir successivement, ne parviendront pas à apaiser sa peur. Seule la rencontre d’un jeune permissionnaire, qui doit repartir pour l’Algérie, lui redonnera l’espoir.
Cléo traverse la ville comme elle traverse sa vie, sa beauté en bandoulière, tel un talisman contre la mort. Agnès Varda a choisi de nous faire suivre ce périple, minute par minute, depuis le cabinet de sa cartomancienne jusqu’aux portes de la Salpétrière. Chaque scène a été chronométrée lors du tournage – qui n’a duré que 2 mois – pour que la durée du film colle à la réalité de temps de l’histoire. Malgré ces contraintes drastiques, Agnès Varda réussit un film d’une grande liberté de ton, sur un sujet – la maladie – peu couru au cinéma à l’époque.

2014 07 CLEO 1Agnès Varda a fait de cette fiction un film aux frontières du documentaire. Outre, le fait que l’heure et demi qu’il dure, relate une heure et demi de la vie de Cléo, les conditions de tournage ont apporté du réalisme dans le jeu de l’actrice. « Corinne Marchand a vécu l’histoire de Cloé dans le sens de sa progression. Aussi était-elle de plus en plus traquée par la fatigue, de plus en plus conforme au personnage, exprimant d’une façon vivante l’idée que je me faisais du film : l’évolution intérieure de Cléo en 90 minutes devenait sensible par le changement physique de Corinne en deux mois » [1] raconte Agnès Varda. L’idée de ce film est née chez elle de l’envie de montrer Paris à travers le prisme d’un regard particulier, celui d’une personne qui se croit condamnée. Empêtrée dans ses superstitions, Cléo se fige devant des détails qu’elle interprète comme les signes de sa mort annoncée et permet aux spectateurs de percevoir la ville sous un jour différent.
Cinquante ans plus tard, au-delà du plaisir de voir ou revoir ce film, qui n’a pas souffert du temps qui passe, ce long métrage pourrait être considéré comme un document historique sur la ville. « Ce film est aussi l’un des plus beaux reportages qu’on puisse voir de Paris, en ce jour de juin 1961, à l’occasion d’un trajet ininterrompu qui, de la rue de Rivoli mène à la Salpêtrière. » [2] s’enthousiasme Patric Saffat.

Applaudi par la grande majorité des critiques, le style cinéma-vérité de Cléo irrite certains détracteurs. René Lortade introduit son article dans Candide par « Que peut-on aimer dans le film d’Agnès Varda ? Sa simplicité. Que peut-on détester ? Son absence de simplicité. Qu’a-t-il d’attachant ? Son naturel. D’irritant ? Son artifice » [3]. C’est le même reproche que lui adresse Claude Mauriac dans le Figaro Littéraire « Il y a pourtant dans Cléo de 5 à 7 un chapitre auquel son auteur semble beaucoup tenir […] et dont l’échec doit nous servir de leçon. Il s’agit des bribes de conversation prises au vol dans un café, bouts de phrases ininventables et pourtant inventées, là est l’erreur » [4]. Même s’ils sont tirés de situations réelles, observées par Agnès Varda, les dialogues qui fleurissent le film en marge de l’histoire principale (la querelle dans le café, l’avaleur de grenouilles) sont joués et ont perdu toute spontanéité.

2014 07 CLEO 2Cléo de 5 à 7 ressort en salles, sans avoir pris une ride. Qui peut prédire qu’un film traversera les années sans que le temps n’en ternisse l’éclat, tant de longs métrages ayant connu un succès public immédiat avant de tomber dans l’oubli ou la ringardise ? Sûrement pas Michel Aubriant qui n’avait pas envisagé que Cléo puisse retrouver les écrans de cinéma cinquante ans après sa sortie. « Je ne crois pas que Cléo de 5 à 7 soit l’immortel chef-d’œuvre annoncé à l’extérieur, mais c’est une œuvre intelligente, riche, dense, qui a de l’éclat et du ton. » [5]. Et pourtant ! « Film composite, hybride, rencontre insensée du surréalisme et de la Nouvelle Vague, Cléo ne ressemble à rien de connu. C’est sans doute pour cela que son air du temps est devenu éternel. » [6] conclut un article dithyrambique de Frédéric Bonnard à l’occasion de sa reprise en 2014.

[1] Image et Son n°146 – décembre 1961
[2] Jeune cinéma n°298/299 – automne 2005
[3] Candide – 12 avril 1962
[4] Figaro Littéraire – 14 avril 1962
[5] Paris presse – 13 avril 1962
[6] Les Inrockuptibles – n°955 – 19/25 mars 2014

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