dans nos rayonnages : La justice en action

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31 octobre 2018 par biblistudio

Le cinéma a porté à la connaissance du public le monde de la justice pénale. Ce que la plupart de nos concitoyens savent de cet univers, ils le doivent au cinéma et à la télévision. Les réalisateurs ont indirectement ouvert les prétoires.
Dans un ouvrage collectif intitulé La justice à l’écran, la collection Cinemaction dresse un panorama de la cinématographie judiciaire couvrant tout le 20ième siècle car le livre a été publié en 2002. Il est divisé en quatre sections et selon les chapitres la question est abordée de deux façons diamétralement opposées : soit un thème est développé en faisant appel à plusieurs films pour étayer l’argumentation, soit un film unique est analysé pour décrire un aspect de la justice.
Le premier volet s’attaque aux procès politiques fameux portés à l’écran en balayant deux millénaires et en retenant quelques périodes troublées. En ce qui concerne, dans la période antique, Rome et les premiers chrétiens, C. Aziza nous met en garde en ces termes : « il est vain de chercher au cinéma – sauf notables exceptions – autre chose que le reflet fantasmatique d’une pseudo-réalité déjà fantasmée ». Quant à la pucelle de Domrémy on ne compte pas moins de 26 films pour cette figure symbolique, dont l’inoubliable Passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer (1928) mais la cadence s’essouffle au cours des décennies. Le cinéma s’est aussi intéressé à l’Inquisition, aux cours martiales de la Première Guerre mondiale, au maccarthysme…
Dans le deuxième partie les auteurs expliquent comment les cinéastes ont mis en scène l’univers de la justice et de ses représentants : magistrats, procureurs, juges, avocats, jurés. Deux chapitres retiennent l’attention : les grandes affaires criminelles françaises et leur censure cinématographique ainsi que la figure de l’avocat à travers une série de portraits filmiques contrastés, très révélateurs de leur place dans la société et de la manière dont ils sont perçus par le public. Dans un chapitre consacré au faux-coupable dans l’œuvre de Fritz Lang, parlant du spectateur, D. Serceau se demande « où finit la justice, où commence la vengeance, voire le pur plaisir de la cruauté ? Tout film mettant en scène un justicier se heurte, peu ou prou, à cette ambivalence […] Nous sommes indiscutablement du côté de la Justice et de la Vérité, fortifiés par le sentiment de notre droiture et de notre dignité. »
La troisième partie ne dément pas l’américanisation de la planète puisqu’elle s’intitule « Objection, votre honneur ou la justice outre-atlantique ». Elle met en lumière la spécificité de la société américaine à travers ses films traitant de la justice et de ses manques, du bien, du mal, du châtiment, du repentir. Un exemple resté célèbre : Douze hommes en colère de Sydney Lumet (1957). Citons les films de prétoire dont est friand le public américain, la justice dans le western, la peine de mort, les stéréotypes racistes, la fracture historique Nord-Sud de la guerre de Sécession.
Le livre se termine avec le corollaire de la justice, autrement dit l’univers carcéral vu par le cinéma. On y retrouve les films décrivant ce monde à part, l’erreur judiciaire appelée « l’innocence sous les verrous », sans oublier l’évasion, sujet qui fascine. Une idée intéressante est que le cinéma parfois « est une belle arme pour mobiliser une opinion publique en faveur d’un innocent ». Le Pull-over rouge de Michel Drach (1979) a par exemple contribué à l’abolition de la peine de mort.
En définitive le livre est éclairant sur le monde de la justice tel que décrit par le cinéma ; jamais ennuyeux il explore les facettes de cette institution.
Mise à part une échappée vers les juges italiens et le cinéma allemand dans un chapitre intitulé « entre justice et politique », l’ouvrage se présente comme un jeu de ping-pong entre les justices française et américaine. À quand un récit « mondialisé » des relations entre le cinéma et la justice ?

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