Les Deux Anglaises et le continent

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7 avril 2019 par biblistudio

Film de François Truffaut | Français | 1971
Durée : 2h12
Avec : Jean-Pierre Léaud, Philippe Léotard, Kika Markham

Au début du 20ème siècle, un jeune écrivain, fils de bonne famille, se rend au Pays de Galles chez une amie de sa mère. Cette amie a deux filles. Il tombe amoureux de l’une d’elles tandis que l’autre tombe amoureuse de lui. Un trio amoureux, ça vous rappelle quelque chose ? À la sortie du film, il n’est pas un journaliste qui ne fasse référence à Jules et Jim et qui n’en souligne les similitudes : même auteur du roman dont est tiré le film, même registre de la tragédie amoureuse, sans toutefois en égaler la qualité. Fernand Dufour le constate dans Cinéma 72 [1] « On ne refait pas deux fois Jules et Jim. Un cinéaste n’a pas l’état de grâce en permanence ».

C’est le 11ème film de François Truffaut et l’accueil de la presse manque d’enthousiasme. Deux points sont principalement critiqués : le choix de l’acteur principal – Jean-Pierre Léaud – qui peine à donner corps au personnage de Claude, et le manque d’audace par rapport au livre, qui en fait un film prude et empoussiéré.
Parmi les critiques les plus catégoriques sur le jeu de l’acteur, Michel Duran [2] : « Jean-Pierre Léaud dans ce rôle de jeune Français de 1900 n’est pas vraiment à son aise. Il est d’une retenue qu€i tourne à la monotonie et il en arrive à réciter son texte » et François Nourissier [3] : « Face aux comédiennes anglaises, si charnelles, Léaud devient un terrible petit raisonneur latin, glacial et fermé ». Quant à la qualité du film, André Cornand [4] le qualifie de « simple peinture aseptisée d’un monde dépassé et démodé ». La longueur du film et la structure de l’histoire pourraient être un facteur aggravant. Henry Chapier en fait part dans Combat [5], reprochant une première heure dont « l’absence de tension et de motivations des situations de départ » ennuient. Mais il souligne une seconde partie salvatrice : « Au bout d’une heure, le vrai film commence ». À l’écoute des réactions du public, Truffaut raccourcira son film de 20 minutes, le faisant passer sous la barre des 2 heures. Puis finalement, en 1984, il en refera un montage définitif de 2h12, signe de l’importance de ce film dans sa vie.

Comme souvent, Truffaut filme l’amour, l’amour des sentiments plus que celui des corps. Et cette approche est reçue de façon très diverse. Les critiques vont du
« Je ne crois pas que Truffaut soit doué pour les films d’amour. » de Michel Duran [2] à « Sa mise en scène des deux actes d’amour où les filles se donnent pour la première fois, tient du prodige. Comment est-il possible de faire jouer avec une vérité si bouleversante des instants aussi secrets ? » d’Henry Chapier [5].
Pourquoi ce film, quelque peu malmené à sa sortie, est encore projeté sur un écran de cinéma, en 2019 ? Parce que nous le regardons comme une pièce du puzzle Truffaut, qui a su, avec ses amis de La Nouvelle Vague, dépoussiérer le « cinéma de papa ». Parce que, même si ce n’est pas le film le plus emblématique de sa filmographie, il raconte à la fois la sensibilité du réalisateur, son amour de la littérature et sa fidélité, à Henri-Pierre Roché dont il dira le plus grand bien et à Jean-Pierre Léaud, son double cinématographique. Comme le conclut Marine Landrot dans Télérama en 1994 [6], à l’occasion d’une diffusion à la télé « ce drame bouleversant est sans doute le film où François Truffaut se révèle le plus. Méconnu, parce que déroutant, il fait rarement les honneurs de la télévision. Ne le manquez pas ». On ne saurait qu’être d’accord avec elle.
L’ensemble des articles cités, dossier de presse complet, sont disponibles en consultation à la bibliothèque.

[1] Cinéma 72 – n° 162, janv 72 | [2] Le Canard enchaîné – 01/12/71 | [3] L’Express 29/11/71 [4] Image et son n° 256 – janv 1972 | [5] Combat 29/11/71 | [6] Télérama n°2340 – 16/11/1994

En salle, lundi 8 avril – 19h30
Proposé par la Cinémathèque

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